L’avantage d’avoir créé ce site LR Médias, c’est aussi celui d’avoir une plateforme sur laquelle je peux m’exprimer sur des sujets qui me tiennent à coeur. Et quoi de mieux pour ce deuxième édito qu’un thème que je connais bien et qui me colle à la peau : celui du statut de pigiste ?

 

Commençons par le commencement. En école de journalisme, on ne nous dit pas grand chose sur les pigistes, et selon moi, c’est un tort. Dans mes souvenirs, quelques enseignants nous ont expliqué que c’était probablement en tant que tel que l’on allait commencer notre carrière, et puis basta. En 5 ans d’études, jamais on ne m’a appris comment pitcher un sujet, ni à quel point être pigiste pouvait être aussi angoissant et déprimant que jouissif et gratifiant.

Il y a quelques semaines, à l’occasion des Assises du Journalisme 2017, on a entendu beaucoup de choses sur le métier de pigiste : certaines très justes, d’autres totalement aberrantes. Je me suis donc lancée dans un thread sur Twitter (que vous pouvez retrouver ici : https://twitter.com/Loun_R/status/841978086983892992), et que j’ai eu envie de développer un peu plus ici. Notamment à destination de mes futurs et actuels clients médias.

Oui, on peut être pigiste par choix

S’il y a bien une chose que je ne supporte pas, c’est bien d’entendre que tous les pigistes subissent leur statut. Certes, nous ne l’avons pas tout choisi, et à une époque où le marché du travail est plus fermé que jamais, parfois, c’est par défaut que l’on se retrouve dans cette situation. Mais il existe également des gens, moi la première, qui ont choisi ce statut pour avoir plus de liberté, ne pas  toujours bosser pour le même titre, sur les mêmes sujets.

Non, les pigistes ne sont pas « moins bons » que les journalistes en poste

Les points n°1 et n°2 sont bien entendus liés. Sur Twitter, dans la vie de tous les jours, en rédaction… Je me suis plusieurs fois entendu dire que les pigistes n’avaient pas de CDI tout simplement parce qu’ils n’étaient pas assez bon. Première nouvelle ! Le problème numéro 1 étant qu’il n’y a pas de poste à pourvoir, et que sans les pigistes, bon nombre de rédactions seraient bien dans la panade.

Non, les pigistes ne sont pas des fainéants

Ah, ça, ça vous plaît de nous imaginer passer toute notre journée en pyjama, dans notre canapé, à écrire un ou deux articles par-ci, par là. Alors qu’en réalité, être pigiste, c’est avoir plusieurs cordes à son arc : être capable de faire des recherches sur un sujet, de bâtir un synopsis qui tient la route, de le pitcher à un client potentiel, de se le voir (bien trop souvent) piquer par une rédac qui va prendre nos idées pour les traiter en interne, le tout avant de passer à la rédaction, aux éventuels retours. Puis, devoir aussi parfois se battre pour être payé en temps et en heure, gérer sa compta et recommencer. Croyez-moi, les pigistes ne se la coulent pas douce, bien loin de là.

Oui, être pigiste est un métier difficile

Difficile moralement, difficile physiquement… Ce point est la suite logique du n°3. En acceptant d’être pigiste, bien souvent, vous sacrifiez vos congés, vos soirées, vos weekends. Eh oui ! A vous d’être disponible quand il y a du travail, parce que bien souvent, vous aurez une crainte : celle de voir vos piges s’envoler si vous dites non une fois à un rédacteur en chef. Résultat, vous allez enchaîner les heures, souvent pour un salaire de misère. Vous allez souffrir de la solitude, vos amis ne vont jamais comprendre pourquoi vous n’êtes pas disponibles…

Le tout sans oublier la précarité de ce statut. Car oui, malheureusement, et à moins d’avoir des piges fixes (ce qui arrive aux plus chanceux d’entre nous), vous ne saurez jamais d’un mois sur l’autre combien vous allez gagner. Résultat, nous sommes obligés d’être prévoyants et de mettre de côté de quoi subsister en cas de disette journalistique (ou de client qui paye en retard). Les risques de dépression, de burn-out, et les envies de tout plaquer sont nombreuses, chez les pigistes.

Oui, être pigiste peut être très gratifiant

Même après plusieurs années d’activité, croyez-moi, nous avons toujours autant de fierté à voir notre nom en bas d’un papier qui nous tient à coeur et qu’on a réussi à vendre. Être pigiste est difficile, oui, mais quand on s’en sort bien, cela peut rapporter beaucoup, en terme d’argent comme de satisfaction. Mais surtout, être pigiste est une vraie école qui nous apprend le courage, le culot, la gestion du stress et de la pression, l’audace, le fait de se vendre, l’abnégation, j’en passe et des meilleures. Quelques années en tant que pigiste peuvent faire de vous un véritable couteau-suisse et vous offrir une expérience et une renommée que les journalistes en poste n’auront pas toujours. Et rien que pour cela, ça vaut le coup.

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